La rivière Saint-Pierre

    par Sally Cole

    Montréal doit son emplacement à la rivière Saint-Pierre. L’histoire de la ville et de la rivière est à jamais inter reliée.

    Lorsque Samuel de Champlain arrive en 1611, la rivière fourmillait de poisson. Le gibier nichait sur ses berges. Des fraises, des arbres à fruit et à noix l’entouraient. Depuis des millénaires, ce riche habitat avait offert aux Premières Nations une saine alimentation et la sécurité alimentaire par la chasse, la pêche, l’agriculture et le commerce.

    La rivière donnait accès au Saint-Laurent et à la rivière Outaouais, tout en en protégeant les voyageurs. Les premiers habitants avaient défriché plus de 60 acres de terre sur la rivière Saint-Pierre où ils faisaient pousser maïs, fèves et courges et c’est ce site que Champlain choisit pour sa colonie, sur ce que l’on appelle maintenant la Place Royale.

    Ces prairies se sont avérées fertiles pour les fermiers européens et le hameau a grandi. Il est devenu un carrefour du commerce nord-américain des fourrures, puis un port pour l’exportation du bois vers l’Europe.

    Au 19e siècle, la rivière Saint-Pierre alimentait les moulins et les tanneries des premiers efforts du Montréal industriel qui deviendra un grand centre du commerce et de la finance.

    Servant aussi d’égout, la rivière a aussi participé à la santé publique et à l’assainissement avec la croissance de la population et de l’industrie.

    Géographie

    La rivière Saint-Pierre est l’une d’une trentaine de rivières et ruisseaux qui traversaient autrefois l’Ile de Montréal. Elle prenait sa source au Mont Royal puis ses tributaires s’étendaient sur Côte Saint- Luc, Saint-Pierre, Saint-Henri et Verdun jusqu’à Pointe à Callière dans le Vieux-Montréal et au parc Angrignon à LaSalle.

    Elle franchissait la falaise de Notre-Dame-de-Grâce (maintenant la Falaise Saint-Jacques), drainant les hautes terres et formant au pied de la Falaise le lac Saint- Pierre, aussi appelé Lac-à-la-Loutre, où l’on construit de nos jours l’échangeur Turcot.

    Premières modifications à son cours

    À mesure que la ville s’étendait au nord et à l’ouest de la rivière, les eaux du lac ont été drainées puis détournées pour alimenter des moulins et construire des canaux afin d’éviter les rapides de Lachine.

    Le premier collecteur, le Collecteur William, a été construit à l’embouchure de la rivière en 1832-38. Un haut fait d’ingénierie à l’époque, on peut le visiter aujourd’hui au musée de Pointe à Callière.

    Au 19e siècle, la ville en plein boom industriel, a redressé la rivière, l’a dragué et détourné pour construire ses aqueducs, alimenté les moteurs à vapeur de ses manufactures et intégré la rivière au système d’égout urbain.

    Au milieu du 19e siècle, lorsque les premières installations ferroviaires ont vu le jour, le Lac-à-la-Loutre était devenu un marais (où deux locomotives se sont englouties).

    Au début du 20e siècle, plus du tiers de la rivière avait disparu dans les égouts. Dans les années 1930, la ville a construit deux énormes conduites dans la rivière Saint-Pierre pour ramasser les eaux usées à travers Côte Saint-Luc et Verdun pour être traitées dans l’est de Montréal.

    Dans les années 1950, la construction d’égouts pour les maisons de Côte Saint-Luc a recouvert des sections encore visibles de la Petite rivière Saint-Pierre ; le centre commercial Côte Saint-Luc s’est bâti sur un marais du bassin de la rivière. Le photographe canadien Andrew Emond a exploré l’évolution du système souterrain de la rivière dans une série de photos, de cartes et de commentaires (voir http://undermontreal.com/riviere-st-pierre-part-i-start-to-finish/ )

    Qu’il reste encore de nos jours 200 mètres de la Petite rivière Saint-Pierre toujours visibles, on le doit au fait que ce tributaire de la rivière Saint-Pierre était un des principaux attraits du parc récréatif de 57 hectares que le Canadien Pacifique créa pour ses employés en 1917, parc qui devint le golf Meadowbrook en 1949.

    Avance rapide au 21e siècle

    En 2010, le promoteur Groupe Pacifique (GP) présenta à la ville de Montréal son projet Petite Rivière. Il entendait restaurer la rivière, lui redonner vie et santé. GP comptait réaliser ces travaux en aménageant des joncs et des bassins peu profonds –  comme cela avait été fait au Central Park de New York, rien de moins ! – et ainsi gérer les eaux pluviales et la fonte des neiges. On voulait redonner à la rivière sa biodiversité et y retrouver amphibiens, oiseaux et petits mammifères. La rivière et les milieux humides seraient au cœur d’un nouveau parc accessible à la nouvelle communauté.

    De nos jours, GP parle de la Petite rivière Saint-Pierre comme d’un fossé puant et poursuit la Ville de Montréal pour enfouir cet égout à ciel ouvert. Fini les belles idées de parc !

    Son importance aujourd’hui

    Quoiqu’il ne reste que 200 mètres de cette rivière historique, la rivière Saint-Pierre continue de jouer un rôle de premier plan dans l’avenir de Montréal et le genre de ville que nous voulons.

    Au-delà de son importance historique et culturelle, la rivière est une réserve de biodiversité passée et potentielle : elle côtoie des arbres centenaires et accueille les oiseaux migrateurs au printemps.

    La rivière Saint-Pierre a aussi un rôle important à jouer dans la gestion des eaux pluviales, de la fonte des neiges et des inondations. Les changements climatiques augmentent la fréquence et l’intensité des événements météorologiques extrêmes comme les tempêtes et les inondations. Les milieux humides et les berges des rivières s’avèrent un moyen économique, propre et naturel de gérer les eaux de pluie et les inondations.

    Plusieurs grandes villes comme Séoul, Paris, New York, Londres et Toronto essaient de retrouver – mettre à jour – leurs rivières, ruisseaux et milieux humides. Ces villes ont compris qu’il est essentiel d’utiliser les rivières et les milieux humides pour gérer les problèmes croissants de drainage, étant donné la fréquence et l’ampleur grandissantes des inondations.

    Elles savent aussi que la présence de ruisseaux, de rivières et de milieux humides en leur sein ajoute à la valeur foncière, à l’esthétique, aux occasions de formation et à la santé et au bien-être de leurs résidents.

    Pollution : Causes et solution

    La pollution que l’on observe dans la rivière Saint-Pierre remonte aux pratiques de gestion des égouts du Montréal du siècle dernier. La rivière est polluée, car Côte Saint-Luc et Montréal Ouest ont permis aux raccordements inversés et aux conduites de drainage de mélanger les eaux usées aux eaux pluviales.

    La solution en 2018 est de corriger le problème : de séparer les eaux usées et les eaux pluviales afin de NETTOYER la rivière Saint-Pierre — PAS de l’enfouir et de l’asphalter comme cela se faisait au 19e siècle.

    Nettoyons et mettons à jour la rivière Saint- Pierre

    Un ruisseau, pas un tuyau !

     

    Pour en savoir plus

    Le film Lost Rivers de la Montréalaise Caroline Bacle explore le phénomène de la mise à jour des rivières urbaines http://undermontreal.com/lost-rivers-documentary

    La journaliste Marion Scott de la Montreal Gazette a écrit un article approfondi sur la rivière en 2009 https://montrealgazette.com/news/local-news/from-the-archives-our-islands-lost-rivers

     

     

     

     

     

     

     

    Meadowbrook perdra-t-il sa rivière ?

    Montréal, le 29 juin 2018 – À la suite d’une décision de la juge Chantal Corriveau de la Cour supérieure du Québec (dossier 500-17-079150-135) du 7 juin, la cour « ORDONNE à la Ville de Montréal de déposer auprès du ministère du Développement durable, de l’Environnement, et de la Lutte contre les changements climatiques, une demande de certificat d’autorisation pour réaliser des travaux visant à mettre fin à toute contamination du ruisseau Meadowbrook dans un délai maximal de quatre mois à compter du présent jugement et d’avoir complété les travaux dans un délai maximal de 18 mois» ainsi que « de nettoyer les abords du ruisseau Meadowbrook sur le terrain de la demanderesse… dans un délai maximal de 24 mois du présent jugement. »

    Bonne nouvelle, à première vue, que la réhabilitation de ce « ruisseau ». Le « ruisseau Meadowbrook », c’est en fait l’une des rares sections encore visibles de l’historique rivière Saint-Pierre.

    Prenant vraisemblablement sa source sur le flanc ouest du Mont-Royal, la rivière Saint-Pierre coulait dans l’ancien lac Saint-Pierre (asséché lors de la création du canal de Lachine) pour ensuite se jeter dans le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de Verdun. Elle fut détournée vers la petite rivière Saint-Pierre (le lieu de fondation de Montréal à Pointe-à-Callières) au 18e siècle pour alimenter des moulins à eau et fut finalement canalisée dans les égouts de Montréal au 19e siècle, car elle était trop polluée.

    Voici que deux siècles plus tard, l’histoire se répète. Alors que plusieurs villes du monde mettent à jour les rivières enfouies sous des canalisations, il se pourrait fort que Montréal ait à recouvrir ce qu’il reste de la rivière Saint-Pierre sur Meadowbrook, car le cours d’eau est pollué et le temps presse.

    D’où provient cette pollution ? Vraisemblablement d’un égout pluvial montréalais où se déversent des raccordements inversés de quelque 200 immeubles situés en grande partie dans les villes voisines de Montréal-Ouest et Côte Saint-Luc selon la Ville de Montréal.

    L a cause occupe les tribunaux depuis 2013 alors que le propriétaire du terrain, Meadowbrook Groupe Pacific, poursuivait la Ville de Montréal pour la « forcer à cesser la contamination soit en canalisant le ruisseau ou par toute autre mesure assurant un résultat comparable ».  Montréal a tâché de mettre en cause les villes de Montréal-Ouest et Côte Saint-Luc, mais la cour a refusé. La décision de la Cour supérieure signe pratiquement l’arrêt de mort de la rivière.

    Groupe Pacific s’est porté acquéreur des 57 hectares de Meadowbrook en 2006 pour la somme de 3 millions $. Le prix reflétait les efforts inutiles du promoteur précédent, le Canadien Pacifique et ses filiales, à construire sur le terrain.  Par cette plus récente décision, Groupe Pacific fait décontaminer son terrain aux frais des contribuables, en augmente la valeur ainsi que la superficie, s’étant débarrassé de la rivière qui le traversait.

    Le MDDELCC ne devrait en aucun cas permettre l’enfouissement de la rivière. En fait, c’est tout le terrain qui est inondé au printemps, une gestion naturelle des eaux de fonte et de pluie, alors qu’il accueille les oiseaux migrateurs. Après les marais du Technoparc à Saint-Laurent et les travaux de l’échangeur Turcot le long de la falaise Saint-Jacques, voici un autre terrain sur le plan de vol des oiseaux migrateurs appelé à disparaitre.

    Pour plus d’information :

    Louise Legault, directrice, Les Amis du Parc Meadowbrook

    lesamisdemeadowbrook@gmail.com

    Des étudiants de l’UQAM proposent une nouvelle vision pour Meadowbrook

    Le professeur Börkur Bergmann du Centre de design de l’UQAM en collaboration avec l’École de technologie supérieure a mené un atelier sur Meadowbrook avec 16 élèves qui ont présenté cinq projets qui s’attaquaient aux problématiques particulières au site, notamment la protection des milieux naturels, le bruit et la densification de l’habitation.

    Le professseur Börkur Bergmann, les étudiants Anick Juneau et Julien Thibodeau et la conseillère Dida Berku de Cote-Saint-Luc

    Les étudiants ont concentré leurs efforts sur le stationnement de 4,5 hectares du Canadien Pacifique, tout à fait à l’extrémité ouest du terrain. Les projets essayaient de diverses façons de créer un écran protecteur et de préserver en grande partie le terrain de Meadowbrook. Un projet baptisé Medina proposait des unités résidentielles en gradins qui rappelaient Habitat 67.

    Les étudiants Anick Juneau et Julien Thibodeau sont sortis des sentiers battus avec leur projet Haut Saint-Pierre en s’adressant au problème de connectivité de toute la zone et en dirigeant leur regard sur la zone industrielle de Lachine au sud de l’empreinte ferroviaire. Ils ont tâché de reconnecter Côte-Saint-Luc, Montréal-Ouest et Saint-Pierre en redéveloppant cette zone en trois phases, la première portant sur une section immédiatement au sud d’une nouvelle gare de train de l’AMT. Aussi au programme du Haut Saint-Pierre : un boulevard qui passe sous le chemin de fer et contourne Meadowbrook pour aller rejoindre Côte-Saint-Luc. La première phase comporte aussi un marché et les phases subséquentes de petits commerces.

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