La tragédie de la rivière Saint-Pierre- la dernière section visible de la rivière historique est enterrée sur le terrain de golf Meadowbrook

    Les amis du parc Meadowbrook a publié un communiqué de presse le 24 février 2022 avec des photos pour documenter cet événement tragique.  Les photos ont été prises les 19 et 20 février 2022.

    Les équipes de construction embauchées par la Ville de Montréal enfouissent actuellement la dernière portion visible de la rivière Saint-Pierre, située du côté de Lachine du terrain de golf Meadowbrook. Voir le communiqué de presse pour les détails.

    L’égout pluvial nouvellement raccordé au collecteur Toe Blake qui était la source de la rivière Saint-Pierre. Le lit de la rivière, que l’on peut voir en bas à droite de la photo, n’a plus de débit, car toute l’eau de la rivière est maintenant détournée dans l’égout pluvial qui sera bientôt complètement enterré.

     

    Voici l’un des rares segments du tuyau d’égout pluvial de la rivière Saint-Pierre qui n’avait pas encore été enterré le 13 février 2022. Il se trouve en plein milieu du terrain de golf, comme en témoigne la belle scène hivernale en arrière-plan. Il ne restera plus de la rivière que des plaques d’égout disposées à intervalles réguliers sur le terrain de golf.

     

    Cette photo montre la petite quantité d’eau gelée restant dans le lit de la rivière Saint-Pierre. Un gros tas de pierres et de terre provenant du creusement de la tranchée pour l’égout pluvial surplombe la rivière. Heureusement, les employés de la ville nous ont assuré que le lit de la rivière ne serait pas comblé et que la terre qui ne sera pas utilisée pour enterrer l’égout sera retirée du site.

    Au revoir à la rivière Saint-Pierre

    Le 23 octobre 2021, Les amis et les membres de 200 mètres – Gardiens de la rivière Saint-Pierre et de ses droits se sont réunis au parc Toe Blake  afin de rendre hommage à la rivière Saint-Pierre. Des travaux commenceront en novembre afin de dévier la rivière dans une nouvelle conduite souterraine, ce qui asséchera le ruisseau pendant une bonne partie de l’année.

    Ce cours d’eau est une des sections encore visibles de la rivière Saint-Pierre qui prenait sa source au mont Royal pour se jeter dans le fleuve Saint-Laurent à la hauteur de l’ile des Sœurs.

    Le photographe urbain Andrew Emond a surimposé le cours approximatif de la rivière dans les années 1800 sur la grille de rues moderneLa rivière avait déjà été déviée de son embouchure d’origine à la hauteur de l’ile des Soeurs.

     

    (Cliquez sur la photo pour agrandir; puis cliquez sur la boite au coin supérieur droit pour revenir au texte.)

     

    Les participants ont célébré le cours d’eau en poésie et en musique. Le professeur Kregg Hetherington a tout d’abord lu un poème composé en 2010 par une résidente, Mary Ellen (Molly) Baker, PhD, qui se trouvait d’ailleurs sur place. Elle y relate ses souvenirs d’enfance dans les années 1940 alors qu’elle résidait à Montréal-Ouest et fait référence à la riche histoire de la rivière.

     

     

     

     

     

     

     

    The Little St-Pierre River

    Mary Ellen Baker

     

    One last stretch of the little river
    spills out from a culvert between the houses,
    flows along the floor of a gentle valley
    formed through eons of Spring flood.

    The brook still burbles across the golf course in April,
    attracts a hopeful pair of mallard ducks,
    before disappearing into darkness under the railroad.

    I remember when we were children
    we picnicked by the living stream
    when it still ran through green woods
    and trilliums reflected bright sunlight.

    Once, the seigneurs of Montreal, the Sulpicians,
    diverted the little river eastward,
    so it ran all the way to Old Montreal,
    flowing into the St Lawrence
    near where Governor Callière built his home.

    Once, Samuel de Champlain walked
    through the meadow at Pointe à Callière,
    looking to build an outpost for fur trade.
    “No place finer,” he said,
    “here one might sow grain and do gardening;
    level the ground and make it ready for building.”

    Once, First Peoples paddled their canoes
    into the little river’s quiet waters, camped in its meadows,
    on the trading route between the Lakes and the Sea.

    But now the little river runs underground in sewers,
    one small stretch still singing the song of the city’s birth.

    Mary Ellen Baker a écrit ce poème en 2010, à la suite d’une visite de Meadowbrook, s’inspirant de « souvenirs de pique-niques près du ruisseau il y a plus de 60 ans, lorsque Côte- Saint-Luc était boisé. Je me suis sentie interpellée par la beauté du ruisseau et le fait qu’il était en danger. »

     

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    Ce fut ensuite un membre de longue date, Al Hayek, qui lut un poème de l’Américain Robert Frost, A Brook in the City (1921). Le poème, qui pleure la disparition d’un ruisseau en milieu urbain, s’avère tout à fait d’actualité. Il semblerait que nous n’avons pas tenu compte des avertissements du poète.

    A Brook in the City

    Robert Frost – 1874-1963

     

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    The farmhouse lingers, though averse to square
    With the new city street it has to wear
    A number in. But what about the brook
    That held the house as in an elbow-crook?
    I ask as one who knew the brook, its strength
    And impulse, having dipped a finger length
    And made it leap my knuckle, having tossed
    A flower to try its currents where they crossed.
    The meadow grass could be cemented down
    From growing under pavements of a town;
    The apple trees be sent to hearth-stone flame.

     

     

    (Cliquez sur la photo pour agrandir; puis cliquez sur la boite au coin supérieur droit pour revenir au texte.)

    Is water wood to serve a brook the same?
    How else dispose of an immortal force
    No longer needed? Staunch it at its source
    With cinder loads dumped down? The brook was thrown
    Deep in a sewer dungeon under stone
    In fetid darkness still to live and run—
    And all for nothing it had ever done
    Except forget to go in fear perhaps.
    No one would know except for ancient maps
    That such a brook ran water. But I wonder
    If from its being kept forever under
    The thoughts may not have risen that so keep
    This new-built city from both work and sleep.

     

     


    Les participants ont ensuite été invités à partager leurs pensées sur la rivière et le combat mené pour la sauver. Louise Legault de l’organisme 200 mètres a ensuite lu la déclaration de personnalité juridique de la rivière Saint-Pierre que vous retrouverez ICI.

    Louise a aussi dévoilé la maquette d’une plaque (ci-dessous) qui rappellera aux Montréalais l’existence de la rivière Saint-Pierre et les incitera à rouvrir la rivière quand la situation le permettra.

     

     

     

     

     

    En guise de reconnaissance territoriale, Isabelle Sawyer du Sierra Club a indiqué que Montréal est un territoire non cédé et avait été fréquenté par plusieurs groupes autochtones.

     

    Les organisateurs ont réservé une surprise aux participants pour la fin de la cérémonie avec l’interprétation de Meeting of the Waters par le cornemuse Jérémy Tétrault-Farber.

     

     

    Projet de plaque    (concept Laura Cousineau, 2021)

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    La perte d’une rivière –  vidéo

    Vous retrouverez les faits saillants de cette cérémonie dans la vidéo réalisée par Patrick Barnard du Piment

    Les travaux de déviation de la rivière Saint-Pierre ont commencé sur Meadowbrook-   Automne 2021

    Préparation des travaux en cours : capture des couleuvres brunes, une espèce menacée Photo : Andy Dodge

    La section encore visible de la rivière Saint-Pierre qui traverse le terrain de golf de Meadowbrook sera bientôt détournée vers un système de canalisation de drainage souterrain, mais son histoire n’est pas terminée pour autant. Les amis du parc Meadowbrook et leurs supporters se sont battus avec acharnement pour la sauver et ils n’ont pas perdu l’espoir que la rivière soit à nouveau ouverte à la lumière du jour quand la situation le permettra.

    À la suite d’un ordre de la Cour, le conseil d’agglomération de la ville de Montréal a accordé un contrat de 1,5 million de dollars pour effectuer les travaux, qui devaient commencer en novembre, après la fin de la saison de golf. Une fois terminé, ce projet diminuera le bassin versant de la rivière de 96 %.

    Le projet implique également l’enlèvement d’un certain nombre d’arbres, et le contrat précise que 24 arbres et de nombreux arbustes doivent être plantés pour les remplacer. Nous craignons qu’une partie ou la totalité des arbres soient des arbres centenaires et que cela ait également un impact important sur l’environnement.

    Les Amis, le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal) et le Mouvement Ceinture Verte ont récemment écrit une lettre conjointe au ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) pour demander que des mesures soient prises pour atténuer les dommages environnementaux causés par ces travaux. Nous avons demandé que la Ville de Montréal soit tenue de construire une structure de canalisation temporaire qui puisse être facilement enlevée pour permettre la remise en eau de la rivière une fois le problème de pollution résolu, et que la ville soit tenue de construire une installation pour capter l’eau de pluie et la canaliser de nouveau dans le lit de la rivière afin de soutenir la biodiversité locale. La réponse était décevante, le MELCC indiquant qu’il n’a pas les pouvoirs dans de tels cas puisque la juridiction en a été déléguée aux municipalités.

    La rivière Saint-Pierre coulait autrefois des pentes du mont Royal, traversait Côte-Saint-Luc et se jetait dans un lac au pied de la falaise Saint-Jacques, pour se jeter dans le fleuve Saint-Laurent à Verdun. Au fur et à mesure de la construction des routes et des maisons de la ville, la rivière a été détournée sous terre dans le réseau d’égouts. La seule grande étendue d’eau qui reste à ciel ouvert est ce ruisseau, qui coule du collecteur d’égout pluvial Toe Blake d’un côté du terrain de golf et retourne dans un égout de l’autre côté. Les tuyaux d’égout mal fixés de certains immeubles et maisons de Montréal-Ouest et de Côte-Saint-Luc ont permis aux eaux usées et aux eaux d’égout brutes de s’infiltrer dans le réseau d’égout pluvial, polluant ainsi le ruisseau pendant de nombreuses années.

    La société propriétaire du terrain, Groupe Pacific, a porté l’affaire devant les tribunaux. En janvier 2021, la Cour d’appel du Québec a ordonné à la Ville de Montréal d’empêcher toute eau, polluée ou non, d’être déversée sur le terrain de golf. Les représentants de la ville disent qu’ils ont les mains liées par la décision et qu’ils risquent d’être accusés d’outrage au tribunal s’ils ne la respectent pas.

    Lors d’une réunion publique virtuelle à la mi-août, directrice du Service de l’eau de la ville de Montréal, Chantal Morissette, a expliqué que l’entrepreneur creusera à travers le terrain de golf, le long d’une servitude existante et installera une conduite souterraine, allant du collecteur Toe Blake jusqu’à l’autre côté de la propriété.

     

    Photo: Nigel Dove

    Un certain nombre de groupes et d’individus ont tenté de trouver un moyen d’empêcher cette issue. Les Amis ont lancé une campagne pour écrire au maire de Montréal à ce sujet, et 125 personnes, dont huit groupes environnementaux, ont jusqu’à présent signé une déclaration se faisant les gardiens de la rivière et de ses droits dans le cadre du groupe 200 mètres. Le CRE-Montréal a récemment publié un article dans le Bulletin Envîle Express en ligne. Soutenant que le plan n’a aucun sens, l’article souligne que la source de la pollution est connue et que des travaux sont en cours pour résoudre le problème. L’article ajoute que « la Cour d’appel n’a pas démenti que le ruisseau est un cours d’eau au sens de la Loi, un fait qui avait été établi précédemment par la Cour supérieure », et il suggère que la solution ordonnée par le tribunal entraîne des conséquences environnementales plus graves pour ce cours d’eau que le problème initial.

    Les cours d’eau et les rivières augmentent la capacité des espaces verts à évacuer les eaux de ruissellement, notamment lors d’orages intenses ou en période de dégel, réduisant ainsi les risques d’inondation, et ils contribuent à rafraîchir la chaleur estivale. Ils constituent également des habitats importants pour de nombreuses espèces de plantes, d’oiseaux, d’animaux aquatiques et de micro-organismes, et leur présence contribue à la richesse de la biodiversité.

    Au cours de l’été, la bibliothèque publique Eleanor London Côte-Saint-Luc a présenté une conférence sur le rôle important de la rivière dans l’histoire de Montréal. Un enregistrement de cette présentation est disponible sur la chaîne YouTube de la bibliothèque.

    À faire de Meadowbrook un parc naturel du patrimoine urbain accessible à tous, il faut maintenant ajouter un autre souhait : que la rivière Saint-Pierre coule à nouveau sur Meadowbrook, libre de toute pollution, lorsque la situation le permettra.

    Merci :

    Les amis du parc Meadowbrook tient à remercier la Fondation Rivières, le GRAME, CRE-Montréal, le Mouvement ceinture verte, la World Wildlife Federation, Les amis du parc Angrignon, Sierra Club et le chercheur en histoire urbaine Justin Bur pour leur appui dans cette campagne.

    Merci aussi aux villes de Côte-Saint-Luc et de Montréal, pour leur transparence.